Rue Bel-Ébat

(2016-2018)


Là où l’enduit s’effrite et la peinture s’écaille, là où l’humidité décolle le papier-peint et ronge tout ce qu’il reste, la matière se transforme et laisse comme une multitude de vides à combler. Les lieux à l’abandon survivent encore un peu comme nos morts, grâce à la mémoire des vivants, au désir d’élucider leurs secrets, de reconstituer leur histoire. Certains explorateurs d’endroits délaissés sont ainsi motivés par l’aspect mémoriel et historique, à l’affût de traces permettant la reconstitution mentale de la vie passée du lieu. 

Rue Bel-Ébat, j’ai fait abstraction de l’Histoire pour habiter l’endroit autrement, tirer le fil d’une narration alternative. Par ses manques, la ruine m’est apparue prétexte à la fiction. J’ai étudié sa morphologie, investi ses crevasses en y incrustant mon propre corps pour réactiver un passé qui ne lui appartient pas. 

La ruine est un espace à la marge autant fantasmé que méprisé, avec sa propre temporalité et ses ambivalences. Le temps semble s’y être arrêté mais - ouvert aux intrusions naturelles, aux intempéries et à l’Homme - ce lieu en constante évolution s’use, s’affaisse, vieillit plus vite, se hâte vers sa propre perte.

Dans l’esthétique chaotique de la maison Rue Bel-Ébat, j’ai perçu l’écho des maisons closes à l’aube du XXème siècle. J’ai transféré l’idée d’un lieu clos et contraint dans l’enceinte d’un lieu ouvert, poreux à la nature. Cette analogie a guidé mon cheminement près de deux ans. Je suis devenue l’âme du lieu, l’un de ses fantômes, l’une de ses filles, des traits et une voix pour évoquer les conditions d’enfermement physique et psychique de femmes dont le vécu n’a finalement jamais été rapporté - à travers la photographie, la peinture, la littérature romanesque et scientifique - que par la parole et le regard masculins.


Tirages au palladium sur papier Hahnemühle Platinum Rag 

15 x 15 cm et 8 x 8 cm.

"Dans mon jardin, nulle brise

que l’haleine inhalée. Et le lierre est irréel.

À l’orée charbonnière où le givre tréfile on nous sert en encas."

"Ablutions aux parois, la boutique ravale

chichement sa façade,

se cale en coude à la résille plomb de nos os qui saturent,

s’ébroue en édentée et reluque éculée 

le manège des culs sur les froids du boulevard

pendant que sous les pentes

pioncent des carcasses."


"Front tombant qui craquèle,

dans ce bouge

je ne suis que faux cils.

Hôte saoule aux arcades

que plus rien ne bousille."




Tirages au palladium sur papier Hahnemühle Platinum Rag

15 x 15 cm et 8 x 8 cm.




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